cf. vidéo - Débat Archipel

 

Par quels chemins sortir des impasses d’une logique guerrière perpétuelle - malgré des trêves entre les guerres - résultant de la doctrine hobbsienne, dont résultent les Etats-Nations souverains ? Des Etats fondant leur sécurité sur l’équilibre des forces engendrant une logique de compétition belligène. Ces Etats ayant d’ailleurs besoin de la guerre pour justifier et assurer leur existence...


Bertrand Badie a lumineusement décrit le caractère belligène de cette souveraineté, engendrant méfiance compétition, humiliation, rage et désespoir, contre lesquelles la puissance des canons reste impuissante... D’autant que la logique de la compétition se heurte maintenant à la réalité d’une interdépendance globale, pour faire face en particulier aux défis climatiques, alimentaires, sanitaires, ...


Comment donc implanter le paradigme du lien, de la relation, en lieu et place de celui de la puissance ??

Un paradigme repéré dès Aristote (« Paix = coexistence ») et St-Augustin (= « suffisamment de nourriture et d’eau pour tout le monde » ), puis réaffirmé au XIVème siècle par Marsile de Padoue « Defensor Pacis » et au XVII ème par l’Abbé de St-Pierre, avant de commencer à être enfin mis en oeuvre par les programmes des agences de l’ONU et en particulier du PNUD, après la seconde guerre mondiale...


Mais comment faire admettre ces partages, impliquant des sacrifices présents au profit d’investissements à long terme dans les biens communs globaux ? Ce retournement est en fait contraire à la rationalité et à la temporalité du pouvoir politique, ainsi qu’à celle d’un libéralisme économique compétitif, produisant un individualisme outrancier, dont les Trump, Musk & Co sont de dangereux fers de lance...


Comment résister à leurs entreprises de dé-tricotage des liens sociaux et du multilatéralisme social élaboré suite à la dernière guerre mondiale, auquel l’Europe et le monde assistent impuissants ? Est-il
encore temps d’instaurer une gouvernance globale, appelée de leurs voeux par un Olaf Palme ou un Kofi Annan ? Ce dernier se serait finalement rendu à l’évidence qu’il ne pouvait pas compter sur les Etats, mais seulement sur les être humains....


De nombreuses associations oeuvrent en fait depuis tout temps dans cette perspective, en particulier au Liban; telle Reconstruire Ensemble, fondée par Père Maroun Atallah, présidée actuellement par Christiane Saliba. Les actions de cette association en faveur d’un Vivre ensemble apaisé, fondé sur une culture du soin et du lien social, tissé grâce à la connaissance et la reconnaissance de l’autre, de sa singularité et surtout de sa dignité sont-elles trop modestes pour retenir l’attention ? Dommage que le débat du 12 avril, à Sion, marqué par les analyses aussi éclairantes qu’éclatantes de Bertrand Badie, n’ait pas permis d’approfondir davantage les témoignages généraux de Christiane Saliba sur les actions de Reconstruire Ensemble au Liban.


Il aurait été notamment instructif de savoir comment cette association répond concrètement aux questions cruciales posées par Bertrand Badie sur l’ouverture à l’autre, à savoir comment s’ouvrir à sa vision de la réalité, à sa perception de son interlocuteur et du regard de celui-ci porte sur lui-même. Comment, en bref, apprendre à respecter l’autre, en particulier le faible, pour désamorcer la peur, le sentiment de mépris, le désespoir et la rage des dominés ou laissés pour compte de la course d’une puissance, qui ne parviendra jamais à éteindre définitivement leur rage, prête à déclencher de nouveaux cycles de violence à la moindre occasion ? L’entente respectueuse n’est-elle donc pas la garantie de sécurité la plus efficace et durable ?


L’entente et la confiance ne sauraient cependant se décréter, résultant d’un travail intérieur et relationnel en et entre chaque être humain; un travail qui ne peut être contraint, mais peut être source de joie... Un travail infinitésimal, effectué par nombre d'associations et de citoyens, assurant notamment la cohésion du peuple libanais, encore vivace aujourd’hui, au-delà de la diversité de ses composantes et en dépit de leurs déchirements passés. Une mine d’expériences vécues, qui mériteraient d’être mieux connues et partagées...

 

Comment, pour conclure, ne pas se laisser décourager par le retour en force des prédateurs de tous bords, ni entraîner dans leur sillage de méfiance et de violence, mais au contraire, à l’instar de Reconstruire Ensemble, poursuivre, approfondir, élargir de plus belle cette quête de relations humaines bénéfiques et joyeuses, capables d’imaginer et de tisser la trame de liens sociaux générant un autre monde, « où il fait bon vivre » ? Tel est l’objectif de Reconstruire Ensemble suisse.

MLS 8 mai 2025